L’accès à distance occupe déjà une place centrale dans les opérations quotidiennes de fabrication. Les usines l’utilisent pour résoudre les problèmes de production, fournir une assistance aux sites distants, faire intervenir des prestataires externes et assurer le fonctionnement des systèmes critiques lorsqu’aucun expert n’est sur place.
Le problème est que l’accès à distance peut rapidement se convertir en un ensemble disparate d’outils dans de nombreux environnements industriels. Chaque usine utilise des outils différents. Les fournisseurs appliquent leurs propres méthodes. Les systèmes hérités restent en place, car ils fonctionnent encore. Les acquisitions ajoutent de la complexité. Et, avec le temps, ce qui avait commencé comme une solution pratique devient bien plus difficile à gérer.
Dans ce contexte, l’accès à distance standardisé constitue un enjeu urgent dans le secteur industriel. L’enjeu n’est plus de mettre en œuvre la connectivité à distance, mais bien de se concentrer sur l’amélioration de la visibilité, du contrôle et de la sécurité.
La fragmentation de l’accès à distance devient un problème grave
La fragmentation est rarement due à de mauvaises décisions prises par les équipes. Le plus souvent, il s’agit d’une conséquence naturelle de la croissance de l’entreprise.
Imaginons, par exemple, qu’un fabricant rachète une autre entreprise et hérite de ses outils. Ou qu’un constructeur de machines mette en place l’accès à distance pour la maintenance. Une équipe adopte une solution de niche pour une usine spécifique. Une autre conserve une plateforme héritée parce qu’une seule personne sait comment elle fonctionne. Chaque choix semble logique sur le moment. Mais ensemble, elles peuvent devenir ingérables.
Les inconvénients ne sont pas seulement d’ordre technique, mais aussi opérationnel et organisationnel.
Felix Wirthmann, directeur de la gestion des produits chez TeamViewer, présente le problème de la manière suivante : « Si vous disposez de 10 systèmes différents, vous devez appliquer des correctifs à 10 systèmes différents, configurer 10 systèmes différents et maîtriser chacun d’entre eux. Cela augmente le risque d’erreurs et de failles de sécurité. »
Les enjeux sont de taille. Un problème avec l’accès à distance à un système d’entreprise peut avoir de lourdes conséquences. Mais un problème avec l’accès à distance à un système de production peut avoir un impact encore plus grave. Par exemple, un cyberincident peut entraîner l’arrêt de la chaîne, endommager les équipements, retarder les livraisons et générer des risques de sécurité.
La fragmentation des accès soulève également d’autres problèmes. Quels utilisateurs externes peuvent accéder à quelles ressources ? Quels systèmes utilisent encore des outils obsolètes ? Quelles connexions sont correctement journalisées ? Quels outils sont liés à des contrats de service, et lesquels sont simplement des systèmes hérités ?
Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions, c'est que vous ne maîtrisez pas réellement l’accès à distance, vous faites avec.
Pourquoi les équipes informatiques prônent la standardisation et pourquoi les équipes opérationnelles résistent
Dans le secteur industriel, l’accès à distance se situe souvent à la frontière entre les équipes informatiques (IT) et opérationnelles (OT).
Le service informatique souhaite disposer d’un contrôle centralisé : un point unique pour gérer les identités, définir des règles, appliquer les principes du « zero trust » et surveiller l’activité dans l’ensemble de l’environnement. Il s’agit d’une réponse logique face à l’augmentation des risques de cybersécurité, au durcissement des réglementations et à la pression exercée par les auditeurs, les assureurs et la direction.
L’équipe opérationnelle perçoit le monde différemment. Les équipes de production accordent la priorité à la disponibilité, à la sécurité et à la continuité des opérations. Elles ne souhaitent pas adopter un nouveau modèle d’accès qui ralentit l’assistance, ajoute des obstacles ou crée des étapes supplémentaires lorsqu’une ligne est à l’arrêt.
Cette tension est bien réelle. Cela ne signifie pas nécessairement que les équipes informatiques (IT) et opérationnelles (OT) ont des objectifs contraires, mais plutôt qu’elles ont besoin d’un modèle qui s’adapte aux deux réalités.
C’est là tout le défi d’une stratégie d’accès à distance standardisée : elle doit offrir à l’IT une meilleure gouvernance sans pour autant imposer à l’OT un modèle opérationnel impraticable.
Qu’est-ce qu’une standardisation efficace ?
La standardisation ne signifie pas que chaque usine, chaque équipe et chaque fournisseur fonctionne exactement de la même manière. Elle signifie que l’accès à distance s’inscrit dans un cadre clair et précis.
Concrètement, elle doit inclure des autorisations centralisées, une gestion cohérente des identités, ainsi que des règles définissant qui peut accéder à quoi, quand et dans quelles conditions. Elle doit également favoriser une journalisation rigoureuse et des pistes d’audit claires, afin que les équipes puissent voir ce qui s’est passé au cours d’une session et prouver la conformité si nécessaire.
Pour les services informatiques, cela permet d’établir une source unique de référence : un emplacement centralisé pour contrôler les accès, définir les règles de sécurité et tout connecter à la gestion des utilisateurs, à Active Directory et aux fournisseurs d’identité.
Pour l’OT, cela doit rester simple. Le meilleur outil d’accès à distance est celui dont on n’a pas à se soucier lorsqu’il faut résoudre un problème.
C’est là toute l’importance de la standardisation : elle remplace un accès fragmenté et incohérent par un modèle plus facile à contrôler, à faire évoluer et à sécuriser.
Comment améliorer l’accès à distance sans perturber les systèmes OT ?
C’est sur ce point que de nombreux projets de standardisation échouent. L’entreprise reconnaît que la sécurité doit être renforcée, mais le déploiement part du principe que chaque point de terminaison doit être traité comme un appareil informatique standard.
Dans le secteur industriel, c’est pourtant rarement le cas. Certains équipements sont des systèmes hérités. D’autres sont soumis à des contraintes de garantie. D’autres encore ne devraient en aucun cas être équipés de logiciels tiers. Dans ces environnements, le déploiement le plus sûr est souvent le moins intrusif.
L’accès sans agent s’avère donc primordial. Comme l’a expliqué Felix : « Avec l’accès sans agent, vous déployez une passerelle sur un serveur ou une machine virtuelle au sein du réseau du client, mais vous n’installez rien sur les appareils cibles eux-mêmes. »
Cette approche est particulièrement adaptée aux sites de production, où les fabricants préfèrent éviter toute intervention directe sur les composants d’une machine. Au lieu de modifier chaque point de terminaison, les équipes peuvent mettre en place un accès sécurisé via une passerelle contrôlée. Cela est essentiel dans les environnements industriels où les interfaces homme-machine et les automates programmables n’autorisent souvent pas l’installation de solutions tierces.
L’accès conditionnel hybride revêt une importance similaire. Dans les réseaux segmentés ou isolés, les fabricants ont toujours besoin d’appliquer des contrôles d’accès sécurisés sans exposer davantage les systèmes sensibles. Dans ce contexte, la standardisation doit s’adapter à l’architecture existante sur le terrain, et non l’inverse.
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Les obstacles habituels de la standardisation
La plus grande erreur consiste à croire qu’il s’agit d’un interrupteur qu’il suffit d’actionner. Il est bien plus réaliste et productif, de considérer la standardisation comme un processus qui ne peut fonctionner qu’avec l’adhésion de la majorité.
Cela est particulièrement vrai dans le secteur industriel, où les relations avec les fournisseurs, les contrats de service, le matériel distant et les flux de travail propres à chaque site déterminent les possibilités réelles. Dans certains cas, les outils et systèmes d’un constructeur de machines sont intégrés au modèle d’assistance. Dans d’autres, l’accès hérité persiste simplement parce que personne n’a eu le temps de s’en occuper.
Bien avant de choisir un fournisseur, vous devez donc comprendre votre palette d’outils actuelle. Sans cela, la standardisation reposera uniquement sur des suppositions.
Un point de départ concret pour les fabricants
Si votre configuration actuelle vous semble trop fragmentée, commencez par vous poser quatre questions simples.
Ce n’est qu’à ce moment-là que vous pourrez commencer à comparer les plateformes.
La plateforme idéale doit s’adapter à votre stratégie, et non pas vous obliger à la redéfinir. Elle doit prendre en charge la gestion centralisée des utilisateurs, la SSO, l’accès conditionnel, la journalisation détaillée des sessions, ainsi que des modèles de déploiement adaptés aux réalités des environnements OT.
Dans la pratique
Pour un fabricant, le défi consistait à déterminer comment permettre à des prestataires externes d’accéder à des systèmes de production sensibles, tout en répondant aux attentes en matière de sécurité et de conformité, y compris la directive NIS2.
Le modèle existant reposait sur un accès via VPN et ne répondait plus au niveau de contrôle requis. Il était nécessaire de mettre en place un modèle plus sécurisé et standardisé pour prendre en charge l’accès des fournisseurs externes dans l’ensemble de l’environnement de production.
L’objectif était de passer d’une simple connectivité à un véritable contrôle. Au lieu de s’appuyer sur des méthodes d’accès généralisées, l’entreprise a adopté un modèle « zero-trust » qui assure une protection renforcée des équipements IT et OT et facilite la maintenance de l’environnement.
C’est précisément l’objectif d’une solution d’accès à distance standardisée : autoriser l’accès aux experts externes uniquement lorsqu’ils en ont besoin, plutôt que d’ouvrir l’ensemble du réseau et de s’exposer à des incidents de sécurité. En résumé, davantage de contrôle, de visibilité et moins de risques.
Les fabricants n’ont pas besoin d’étendre l’accès à distance. Ils ont besoin de mieux le contrôler.
La plupart des fabricants disposent déjà d’un accès à distance. La question est de savoir s’ils utilisent trop d’outils disparates pour accéder aux systèmes critiques, s’ils manquent de visibilité sur les activités externes et s’ils prennent trop de risques en utilisant des outils obsolètes.
Bien réalisée, la standardisation offre à l’IT le contrôle dont elle a besoin et à l’OT la facilité d’utilisation attendue. Elle réduit la surface d’attaque sans ralentir la production. L’accès des fournisseurs devient plus facile à gérer, et la conformité plus simple à démontrer. De plus, elle offre à l’entreprise ce qui lui fait souvent défaut aujourd’hui : une vision claire des interactions entre les personnes et les systèmes critiques.
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